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prismeenantiotrope
Description du blog :
Un blog de politique déformatée-concassée pour humecter-contourner la peau lithique !
Catégorie :
Blog Politique
Date de création :
24.03.2008
Dernière mise à jour :
04.05.2008
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Lettre à ma Mère Patrie, en mémoire à Sylvie

Lettre à ma Mère Patrie, en mémoire à Sylvie

Posté le 04.05.2008 par prismeenantiotrope
Avril 2002


Mère,

Lorsqu’un jour je t’ai écrit qu’avec Pierre ma vie avait atteint au niveau de la porcherie de la tienne, je ne parlais pas de mon fils, pas plus que de sa vie, déchirée dès le seuil de l’enfance, à quatre ans, c’est-à-dire trop tôt, mais bien de ma vie et de tout ce qui avait été vécu autour de lui, sans qu’il n’y puisse rien : ma relation avec sa mère, son frère, vous, mes complexes personnels et tout ce qu’encore je n’avais pas su gérer dans mon aliénation sociale, faute d’identité et de conscience de classe, faute d’appartenance et de repères filiaux : prolo non politisé de retour d’Algérie votant certainement Le Pen, avec sa petite moustache hitlérienne, ce petit facho incestueux sans conscience de classe, mais conscient de devoir aliéner ses enfants à un métier, sans aucune critique des outils de production, qui ne nous a rien transmis d’un côté et cette midinette du Nord dont nous n’avons jamais connu la famille (pas plus que l’autre d’ailleurs), se prenant pour une vache laitière et qui aura aspiré sur le tard à une reconnaissance de petit commerçant, catégorie poujadiste de philistins s’il en est, après s’être cassé le coquillard à des ménages en léchant le cul de la petite bourgeoisie commerçante, en faisant son idéal jamais démenti, avide de gains à souhait et ayant bossé ici et là pour trois, depuis l’usine aux tricots comme une damnée toute sa vie... en passant par la puériculture ; qu’avons-nous connu à grandir dans les « grands ensembles », ces ghettos de la banlieue parisienne, réservoir de mains-d’œuvre à bas prix ? Les seuls bons souvenirs de mon environnement, mis à part que je vous aimais profondément et que j’aurai voulu ne jamais sortir de votre appartement pour rester à vos côtés, ce sont les terrains vagues et les chantiers, ainsi que les vacances du Secours Populaire.
Voilà ce dont je te parlais, pas d’une dégradation de mon attachement à mon premier couple malheureux, qui a tenté de me faire revivre l’horreur d’une aliénation parentale de la médiocrité consumériste dans la conformité apolitique, ni de mon regard sur Pierre, à qui j’aurai comme à chacun assez fait de mal pour me départir de ma souffrance et de mes errances existentielles, en fait de ma quête de sens ; alors qu’évidemment je n’avais aucun outil intellectuel pour la mener à terme – et on a vu ce que mes interrogations biographiques et mes rencontres nous auront coûté. Enfin, la vie maintenant est passée et je ne sais toujours pas trop comment ni par quoi, sinon qu’elle a pris l’allure d’une véritable porcherie, c’est-à-dire prétendument d’un lieu où une mère ne retrouverait pas ses petits : je n’ignore pas cependant que si les porcs, non sans déplaisir, ainsi que les truies, se vautrent dans leur urine, c’est parce qu’ils n’ont pas de régulation sudoripare ; de même les prolétaires lorsqu’ils ne sont pas reliés à des structures militantes... et je ne parle pas des syndicats officiels, c’est-à-dire de la « ventilation mécanique » qui permet de mieux nous exploiter. En cela la méfiance était légitime, sinon qu’elle a été remplacée par rien d’autre, enfin presque, puisque ça sentait le faf, père et mère confondus – à plein nez dans la casa ! En fait, ce n’était pas de la méfiance de votre part, mais du refus borné, obtus parce que convaincu par un autre discours, celui raciste de la haine de l’étranger qui prend le travail des vrais Français. En plus court, de la haine de l’autre et de sa différence : de l’aversion pour l’altérité. Vous ne saurez jamais assez combien je vous ai aimé, ni combien je vous hais pour cela d’avoir trahi la confiance que je vous portais. Lorsque je parle de porcherie, c’est le temps qu’il m’a fallu pour nettoyer cette merde politique, parce qu’en plus je n’avais pas les pores, pas plus que vous n’avez su me les transmettre. Il m’eut été plus facile en cela de devenir un petit facho, comme mes frères et sœurs, ainsi vous m’auriez reconnu pour l’un des vôtres et moi je me serais installé tranquillement une petite vie dans la soue voisine, sans histoire, avec une compagne qui ne vous projette pas dans vos complexes de classe.

Mais j’ai trouvé, à ton image et impulsion auprès de « Renée », qui est toujours restée pour moi un mystère, l’échelon « supérieur », n’est-ce pas… cette femme patronnesse m’est restée un mystère, puisqu’elle te volait régulièrement à nous et que de tes paroles ressortait l’aura d’une vénération quasiment obséquieuse ; paroles dont nous avions certaines difficultés à discerner la véritable nature, à discriminer, plongés dans le trouble d’un attachement, distendu jusqu’à la maison de cette personne, dont l’absence nous demeurait aristocratique (n’ayant jamais pu franchir le seuil de ces volumes qui t’absorbaient, volumes dont nous ne connaissions pas d’équivalent, s’il fallait les comparer à nos cubes empilés les uns sur les autres, elle me semblait en effet participer de l’irréalité de l’art, ou de la religion), s’il s’agissait d’amour authentique, quasiment homophile, ou si ce n’était pas plutôt, et somme toute assez prosaïquement, de l’agenouillement servile ; et en effet quasiment religieux devant un statut social et les biens marchands qu’il autorisait, peut-être en fait les deux. Je dis Renée, mais je pourrais tout aussi bien évoquer sa fille, Sylvie, que j’ai littéralement désiré, c’est-à-dire désiré d’habiter, comme on se dresse dans une robe, puisque tu t’en extasiais tant... que n’étais-je enfant cette fillette, puis adolescent cette jeune femme-là : tu n’avais que merveille en bouche pour la décrire, et c’est vrai qu’elle était très jolie, mais surtout empreinte d’une grâce, celle d’être préservée, ce que nous autres souillons ne manifesterions jamais, je veux dire cette innocence, due probablement à la certitude d’être aimée par père et mère, amour qu’aide certes l’aisance matérielle, mais en plus le fait pour une jeune fille de grandir parmi les fleurs, ses deux parents étant fleuristes, n’est-ce pas ?
Ainsi, j’aurais essayé d’infuser un fils dans cet amour-là, sans en avoir plus que toi les moyens, et je me suis offert la plus grande chute qui se puisse concevoir, en grande partie à cause de mes exigences. L’enfer des enfants, c’est que les parents veulent pour eux ce qu’eux ne désirent pas. Et que les parents ne veulent pas par amour authentique, si se peut appeler « amour » cette blessure narcissique, qui ne les quitte plus, qui les amène même à passer leur vie à reculons, en se projetant à l’aide d’un rétroviseur, afin de racheter ce qu’ils ne retrouveront évidemment jamais, car toujours le perdront-ils un peu plus. Toujours. Oui, même dans la souffrance, et peut-être surtout dans la souffrance, même dans la violence, lorsqu’elle n’est pas perverse, et encore, il s’agit d’amour qui ne trouve pas sa voie. Et puis, nous savons bien au quotidien, lorsque l’objet prend le pas sur l’être, lorsque le matériel falsifie les relations humaines, ce qu’il en reste, de l’« amour »... Je voudrais que tu saches que jamais une chose est devenue plus importante à mes yeux que la relation d’attachement à l’autre, à l’autre qui nous donne vie, chaleur et sens. Je voudrais que tu saches que si j’avais grands les yeux ouverts, c’était parce qu’ils étaient deux bourgeons branchés directement aux profondeurs douloureuses de mes poumons, dans des voies qui les reliaient à mon cœur, qui n’a jamais été loin du tien. Et que c’est par ce lien que j’ai toujours cherché à me relier aux autres, quels qu’ils soient, adultes et enfants, masculin et féminin. Autres, tous les autres : animaux, végétaux, minéraux, animés et inanimés. Je voudrais que tu saches ce lien que j’ai eu à ton cœur, un jour lointain. Et de la déconvenue dans mes chairs. Déconvenue de différence. Différence ce déploiement des pétales des jours, puis des ans qui m’ont assuré que l’écriture de vie me porterait en bouche par ce contre-mot d’amour. Oui, l’amour a pour frère la haine : si la vie est une salope dès le premier jour où nous pointons la tête, je peux t’assurer qu’aucune de mes enquêtes n’aura été menée par un souci vénal. Avec ce dernier adjectif, tu as l’accusation tacite qui engagera ma dernière iniquité : celle de ne jamais réapparaître dans ta vie. J’attends avec patience ce qui n’est pas la vie et qui donc pourra flétrir ma haine.
Me gardant de juger le biologique, me penchant ici seulement sur le social, ta promotion du prolétaire au petit possédant s’étant en effet accomplie,
Adieu donc, et merci tout de même sinon de m’avoir mis au monde (tu n’y étais pour rien, du moins pour pas grand-chose), de m’avoir tant bien que mal porté.

Un prénommé Jean

Que penses-tu du texte mi fictionnel*, mi biographique suivant (il est venu suite au choc printanier de 2002 et je penses y déceler un phénomène de déplacement de la frustration) :

* Untel, alias Pierre, ce dernier en l'état d'une aveuglante limite, frontière bornée s'il en est, peut-être même pétrifiée, c'est celui qui, ayant dissout la coque pierreuse du prénom, ne croit (dès lors on peut aussi entendre qui ne "croît", c'est-à-dire que, comme une plante, si lui furent nécessaire la lumière du soleil et la force de gravité de la lune, en un second temps, de nuances nuageuses en nuances chromatiques, il serait retourné aux jeux récréatifs des ombres pour croître) qu'en ce qu'il voit...
Il prend ici le rôle, autrement impossible à exprimer sans vulgarité, du sexe de l'auteur [sa vitalité, sa capacité d'écrire entre les pages, sa créativité sémantique] de la lettre.

Cette lettre, sa conclusion de n'avoir plus à se voir signalant assez que la relation est établie, via ce "fils" (à venir ? soleil prochain, cercle féminin selon Monique Wittig ?), sous l'horizon du diaphragme, contient assez confusément pour témoignage celui d'une relation incestueuse, soit encore sous la litière automnale de feuilles chues quelques mois avant d'aller habiller de nouveau les arbres aussi bien, entre omoplates cryptant le passé et moignons de seins s'ouvrant d'avenir, ombrager les bras cisaillés de formes d'ailes et d'aulx, comme les racines de la plante lui donnent pouvoir de croissance : de là cette symbolique florale et le double de Renée, puisque les fleuristes ne vendent en général que des tiges castrées, conséquence complémentaire et punitive, peut-être en effet désirée, du fantasme incestueux !



(Lettre imaginaire à ma) Mère,



J'ai trouvé ce texte plein de désespoir et de déchirement.

J'ai trouvé qu'un des paragraphes était vraiment empreint de ton énergie, il est vraiment habité, c'est celui que j'ai surligné.

Tu devais être dans une phase sombre quand tu l'as écrit....

C'est comme si tu avais été englouti par le poids de ta famille, son histoire. Je me pose la question : où est Jean ? Celui qui parlait de présence ?

Mais peut être que nous ne parlons pas de la même présence ?

La présence dont je parle est conscience, enracinée dans le coeur. C'est un état de conscience, les programmes familiaux ou autres ne peuvent plus toucher la personne lorsqu'elle est dans sa présence.

Plus rien ne peut la déstabiliser. Elle est.

Je t'embrasse avec tout mon amour de femme,
Eugénie










Ma chère Eugénie,



Question première : qui a dit que j’étais "déstabilisé", toi, ou moi ??

Question seconde : qui a dit que j’ai été englouti, qui plus est par ma famille ??

Quelques précisions, qui ne tentent pas d’argumenter, encore moins de polémiquer sur la notion de présence, au sens où tu l’entends et pour lequel je concède que seule l’expérience peut en "parler", puisqu’elle est ineffable, quand cependant transposable par le moyen de l’art. Ainsi, tel que je l’entendais ici, être présent, c'est aussi être lucide, dans les "nerfs" et pas seulement dans le "coeur", car en effet, la présence dans le présent libère de toutes contingences, mais je ne prétends pas être totalement dans ce lieu, qui est hors également de toute politique, c'est-à-dire de l'engagement historique : il ne me convient pas d'incarner seulement la dimension mythique de la vie, peut-être parce qu'à notre époque elle est tellement obsédée par une fausse représentation, toute extérieure. La présence dont je parle en effet, pour ne pas exclure celle que tu as signalé et surligné pour partie, car où d'autre que dans l'acte de vie la trouver, cette présence se conjugue avec la présence historique, le sens de l'histoire et donc du jugement, soit de la lucidité... pour produire cette présence dans la présence, il peut parfois être convenable de poser présence et absence, ou autrement dit, peut importe le récipient, qu'il lui suffise d'être vacant à condition cependant qu'on en contourne par la connaissance la forme et la matérialité, option facultative en effet pour expérimenter et vivre la présence au coeur : l'animal par exemple, n'a pas à goûter de la faute, il est tout entier dans l'arbre de vie. Pour une approche philosophique, science et art de la présence, ceci me fait songer à Giorgio Agamben, L'ouvert, de l'homme et de l'animal, une lecture à faire suivre par Moyens Sans Fins, du même. Lectures certes facultatives pour être dans le coeur. Pour revenir à la "Lettre à ma Mère Patrie", on voit très bien le rapport avec la matière, le passé, c’est-à-dire le Taureau de l’astrologie, ce ventre sur quatre pattes, puissance, ensemencement, etc. ; le second concerne la conscience, en lien avec le réservoir de sensibilité, véritable bouclier de Psyché qui se trouve entre l’Aigle, pour Sagittaire et flèche et la Balance, pour chélicères et pattes antérieures de cette bête à penser le sensible, c’est-à-dire arc à le peser dans toute sa grâce et son horreur, qui es le Scorpion. Je trouve qu’il y a là de la grandeur à fustiger tout un chacun et trouver le courage, l’audace de la solitude, jusqu’au sein des siens, un courage intellectuel, celui qui fait le choix de la loi, de l’ordre et de la justice sur la sensorialité, sur les apparences de la contingence. Certes lui manque encore, dans ce souci de discrimination tranchante, l’équilibre, les nuances de l’amour : il est nécessairement encore dans le jugement, qui tranche. Pas dans la mise en discours des opposés. Parce que ce n’est pas la place du deux et que sans cette position prise résolument entre l’amour et la haine, entre la nuit et le jour, elles ne peuvent advenir les couleurs qui les dépassent, les transcendent. La troisième strophe tente déjà une première résolution de simple synthèse, celle du rythme, via la plante, le végétal foliaire, en place du Lion, alternance et symbole solaire, lié au mercuriel, au mouvement, à l’effet de langage aussi. Il ne s’agit pas en effet uniquement de contenu, mais de moyen, dans cette "lettre", qui est un manifeste, ou plutôt une théorie, dans le sens d’un art poétique. Et en effet, la troisième s’initie par un dédoublement, un tremblement de la fixation première à la dualité impossible et sa génération, ici elle-même dupliquée : à Pierre, le fils, adviendra la fille de Renée, comme dédoublement, autre lieu possible de l’investissement libidinal, de la croissance solaire du sens, de la poussée pulsionnelle aussi bien. Ici déjà nous entrons dans l’art et seulement ici. Or dans l’art, le miroir de l’être n’est pas sans désir ni jalousie et c’est ce qui est démontré là au travers du regard d’un enfant. Ce questionnement sur le genre et surtout sur la direction à prendre : aller de l’avant vers des identifications plurielles, masculine ou féminine, ou retourner ainsi qu’Orphée cherchant son Eurydice dans les souvenirs de la caverne originelle, par le chemin bleu de traverse ? La quatrième strophe sera une résolution plus intellectuelle, ou plus rationnelle, moins onirique, qui aura intégré la solution et l’intégration d’une posture dépressive : avec l’Ange (les Gémeaux) elle advient à elle-même cognitivement, elle parvient à se formuler en conscience. C’est finalement la partie, certes nécessaire, que je goûte la moins*, parce qu’elle donne une satisfaction en un certain sens, pour ne pas être vulgaire, assez facile car sinon évidente, pour le moins attendue. Il y a en effet satisfaction à cette résolution, qui sauve les états de conscience antérieurs, puisqu’elle suggère que chaque rencontre est une mise au monde calquée sur la première (da capo) et un nouvel enjeu des états du passé, qui chercheraient à se résoudre ici toujours dans un ordre supérieur, une synthèse sur un autre plan, plus vaste, intégrant les nouvelles recherches de la biographie. Elle recèle pourtant toute la blessure et la grâce des étapes précédentes, comme un fruit pourra enclore les graines, la mémoire de l’étape passée, désormais à recycler. Il y a cependant un choix à faire, celui du temps propice à le cueillir, ou à le laisser choir et pourrir, ce qui pourrait être accessoire pour le fruit, donc encore une fois la question de l’autre, de la médiation, de l’intervention d’un autre plan qui n’a parfois rien à voir avec celui de l’origine, mais qu’il vient croiser et finalement reposer question en lui ouvrant ou clôturant le sens. En gros, on pourrait provisoirement conclure par : mon histoire n’est pas la tienne (le fils s’adressant à la mère et de là à toutes les autres rencontres), et pourtant elles se recoupent. Enfin, nul autre que l’auteur ne saura quelle est la part de fiction dans cette lettre imaginaire et quelle celle relevant de la biographie. Les trois premières strophes amènent en effet à magnifier cette quatrième, par un effet de progression, de retournement et de contraste. Certes cependant, il y a la "porcherie" tout comme il y a la "fleur", mais la vie, l'origine de la vie, n'est-ce pas aussi cette chair animale et végétale, "innocente" et "fautive" ? Dans un certain sens, pour vaincre l'abattement, cette croix obscure fouettée de conscience, trouver le courage de l'expression, du redressement vers l'équilibre d'un discours, dans une démarche qui ne chancelle pas, aller chercher l'articulation dans l'enfouissement inconscient, le rendre préconscient, ainsi que la croissance d'une plante, puisque ce texte n'apporte en réalité quelques sens divers que jusqu'à un certain seuil et pas au-delà, laissant une certaine marge de liberté d'interprétation, le construire – car il est construit et équilibré, notamment en quatre parties, comme la croix, la matière, la terre obscure, mais aussi la progression par images vivantes et non par abstraction logique, soit par de nombreux déplacements, comme dans un rêve, la condensation étant laissée à la liberté du lecteur –, il y faut beaucoup de présence, ou plus probablement tout simplement de la présence, de coeur pour rendre compte et d'esprit pour surmonter la lucidité, car l'un ne le cède pas à l'autre, non ? La signature n'est pas définitive : je commence souvent à la première personne, proche du biographique, pour donner de la force à la fiction, mais il est destiné à rejoindre un ensemble, et ce sera probablement la lettre d'un personnage "mourrant" (de grande et de petite mort, notamment celle d'écrire) à sa "mère", soit à l'origine, à la matière, à la vie... Je te remercie de cette lecture, car elle me confirme que ce texte porte bien ce que je pensais y avoir insufflé, puisque cette prise avec l’histoire, ou engloutissement, comme tu dis très justement et que je nommerai plutôt dévoration, l’engloutissement en étant la conséquence, avec pour oppression du coeur un remède homéopathique littéraire similaire à Drosera, soit cette lettre carnivore, au sens où il est bien question d’incarnation, c’est-à-dire de prise de conscience de soi dans l’histoire, ne peut-on finalement la voir comme une transposition de cette dernière dans le familier : une conjonction du familial et du national, et notamment la question de la place à donner à un amour, généralement pour la vie qui ne soit pas aveugle, à savoir non advenue à elle-même, soit pas encore née à l’histoire, dans cette époque de haine généralisée ? Parmi d’autres problématiques, cette lettre me permet de cristalliser cela et bien plus encore, notamment par les réponses que j’en attends, ici et là, pour transformer en un terreau, le discours autour de cette plantation minimale. Merci donc pour la tienne, qui ne soulève pas de relance à la réponse à la question par toi posée pourtant : où en suis-je dans mon rapport avec l’écriture.

L’écriture est en effet pour moi une stratégie transverse, une ouverture dans un rapport ludique au monde, ce qui ne veut pas dire que ce monde soit nécessairement "jouable". Il commence souvent, ce rapport différent pour moi, par l’effort de quitter une ancienne voie, au sens ferroviaire du terme.

Or, il est raisonnable de penser que pour quitter ce déjà tracé, il faille encore se livrer à une introspection suffisante qui préalablement permettra d’en déterminer les contours. Ainsi, de nombreuses prémisses à notre relation, du point certainement multiple de départ qui est le tien au mien, tout ou presque est sinon dit, approché dans ce travail, qui se concentre au maximum autour de quelques motivations d’écriture. Mais rien n’est joué, puisque tout reste à acter, à mettre en oeuvre. En conclusion, mais d’une conclusion provisoire, je relancerai ton questionnement sur l’écriture et donc celui sur le risque de la panne par blocage, ou défaut d’inspiration, de conviction, de juste relation à l’histoire singulière et générale et plus concrètement, du moins à moyen terme : comment puis-je ne pas entendre cet embrassement d’un coeur de femme comme l’offertoire d’un encrier de vie ? Je tacherai donc ne pas y tromper notre rencontre en clopinettes, c’est-à-dire pour loin d’un suivi attentif qui en vaille l’enjeu et surtout le risque de mise en page. Evidemment, là encore, il serait inutile de chercher une signification stratégique à calquer plus ou moins clairement et avec un minimum de prévision d’après le réel, puisque tout acte d’écriture, si écriture il y a, sera insurrectionnel. Et nous resterons ainsi à mi chemin entre la chair et l’écrit.

* car la liberté, la compréhension des règles, leur intelligence et l’amour, soit une application de ces dernières, ne sont-ils pas au-delà, bien au-delà de ces quatre points de vue, en un lieu prétendument résolu, exprimant ou non par cette (cata)strophe finale qui est la mort de l’auteur, s’il le faut rappeler, soit celle de l’écriture, mais vue ici à travers celle d’une relation ambivalente à la "mère", autrement dit la page, qui n’est pas toute blanche d’intentions ni de prétextes, contrairement au mythe de la virginité, que toute écriture, texte et contexte, est à refaire : peut-être en leur centre vacant, la problématique de la liberté, de la fusion de la haine et de l’amour advient-elle à une meilleur résolution, au sens photographique, ou dans les interlignes, dans ce qui n’est pas encore dit, ni même révélé... je ne crois pas en effet en un acte heureux qui ne comprenne son malheur, parce que nécessairement, advenant, il se spécifie et entre en lice avec le temps ! Et chacun pourra me prouver que le temps est un moyen d’accomplissement, un espace jalonné d’expériences, je ne croirais pas un seul instant qu’une prolongation d’ombres n’est pas l’effet désastreux d’un excès, quelque part, d’une douloureuse clarté.

Je te rappelle un texte appréciable que tu m’as envoyé et qui a longuement servi de base au mûrissement d’une réflexion sur la créativité :

Le 2ème décan du Sagittaire (01/12 au 11/12) est en analogie avec le Soleil et dans l'ordre séphirotique HOD.

C'est le décan des récapitulations des travaux du LION, qui sont ceux de l'enracinement du propos divin. Le LION est la source cachée où KETHER et HOCHMAH travaillent, cette source permet la croissance de la fleur spirituelle que le Sagittaire devra extérioriser.

Le natif de ce décan devra inciter les autres à changer, à acquérir une plus grande liberté intérieure. Il est maître et militant.

Il y a une restriction puisque le Sagittaire est aussi régi par BINAH. Il aura un Moi interne plus important qu'un Moi externe, ainsi il aura plus de mal à extérioriser ce qu'il ressent et toutes ses possibilités. Il sera dépassé et frustré par ce mécanisme.

Il peut être professeur (c'est cette image qui m'est venue également lorsque tu es arrivé lundi 19 août 2002 au Jardin des Plantes à notre rendez-vous), l'instructeur qui plaide pour un monde idéal, qu'il a du mal à traduire en actes. Difficulté à aller au bout des projets.

C'est un être d'une grande générosité. La première phase de sa vie, la tendance à l'enracinement prédominera, puis la phase extériorisation – restrictive prendra la suite. Au fur et à mesure, il tiendra compte des réalités matérielles dans lesquelles il se trouve et ainsi, le décalage entre ce qu'il préconise et ce qu'il fait réellement, se réduira.

Espérons que cette réduction, universelle, puisque nous allons de l’aube au crépuscule, de l’ouvert à la clôture, ne sera pas trop obtuse !

C’est en relisant cet exposé sur le Sagittaire que j’ai conçu cette lettre, en songeant à l’aspect sombre, presque fasciste du vieux signe astrologique : état de cendres, lorsqu’il demeure excessivement sous l’influence de Zeus d’une part, c’est-à-dire autoritaire et cérébral et enclin à la chair, à la pure métamorphose charnelle lorsqu’il est dans l’aptitude à modeler son apparence sous formes animales afin de séduire la matrice originelle, de là la porcherie. Mais comme il est aussi maître des arts, qu’il est gourmet de beauté et un tant soit peu androgyne, il fallait une résolution dans la grâce et l’amour, à travers la jalousie de Héra : c’est la troisième strophe. La quatrième est un paravent terrestre destiné à la danse et au théâtre des femmes et des hommes.

Un intense bisou démultiplié en de nombreux rejetons parce qu’il cherche, il cherche toujours où se concentrer dans la tendresse de l’effort
et la force accompagnant sa tendresse ma langue se consume dans le palais des heures

Jean




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